BL-64 Bloodhound
Des engins guidés DCA pour l'espace aérien supérieur
fhm. 3 octobre 1942, première fois qu'un missile guidé est tiré avec succès; cela se passe à la station expérimentale Peenemünde de la Wehrmacht allemande. Il s'agit d'un V 2, arme grâce à laquelle l'Allemagne entend «répondre» aux contre-offensives alliées. Voilà dix ans qu'un groupe de scientifiques dirigé par Wernher Braun travaille à la mise au point de missiles expérimentaux à carburant liquide. Cependant, l'imposant projectile de 14 m de long et d'un poids de 12 t n'est pas concluant; les développements des Britanniques dans le domaine des radars, malgré leur caractère peu spectaculaire, sont plus importants. Dans le même temps, les Allemands travaillent également sur des engins antiaériens sol-air, le «Wasserfall» et le «Taifun», le second étant plus petit que le premier.
La Suisse renforce son système de DCA terrestre
Trois ans plus tard, le chef des troupes d'aviation et de DCA constitue un groupe de travail engins guidés qui est chargé d'étudier le problème des engins guidés DCA, en collaboration avec la division technique de guerre et d'autres services. Les systèmes américains et britanniques sont déjà l'objet de toutes les attentions.
Dans son message du 30 juin 1960 concernant l'organisation de l’armée (organisation des troupes), le Conseil fédéral insiste sur la nécessité d'adapter nos moyens en matière de DCA aux impératifs de la conduite moderne de la guerre. Le 14 juillet 1961, suit le message concernant le renforcement de le DCA terrestre.
1961, analyse des dangers
De plus, en admettant l'éventualité d'un conflit, il est vraisemblable qu'il y ait des attaques aériennes sur des centres, des sites industriels, des voies de communication, contre l'armée elle-même, ses dépôts et installations. On ne peut concevoir d'évacuer les populations civiles des grandes agglomérations du Plateau. Un agresseur potentiel lancera des opérations terrestres en coordination avec des attaques aériennes. La destruction des installations électriques priverait notre pays de ses principales sources d'énergie. Des attaques ayant pour cibles des barrages et des voies de communication auraient des conséquences catastrophiques. Il est concevable qu'un conflit dans lequel notre pays se verrait impliqué, puisse se limiter à une guerre aérienne. L’aviation et la DCA doivent être en mesure de défendre efficacement notre espace aérien, quel que soit le degré d'escalade du conflit. Pour compléter le dispositif, on peut concevoir des mesures passives, telles que la protection aérienne (=protection civile).
La protection des forces combattantes contre des attaques aériennes et la préservation du réseau de voies de communication sont des objectifs prioritaires aux yeux de la conduite militaire. Pour ce faire, on exige des moyens de défense aérienne permettant une rapide concentration du feu et qui se complètent. A cette époque, seuls les Hunter sont adaptés à des missions de chasse; ils seront bientôt remplacés par des formations Mirage. La DCA terrestre incombe aux unités DCA existantes. Ce sont les groupes DCA lourde qui sont chargés de la défense du territoire. Les canons 7,5 cm dont ils sont équipés n'ont pas connu d'amélioration notoire depuis leur mise en service. Ils doivent être complétés par des engins guidés DCA. Seuls ces derniers sont à même de combattre efficacement des avions d'attaque équipés de missiles ou de bombes et volant à une altitude pouvant aller jusqu'à 20'000 mètres.

- BL-64 Bloodhound Mk 2
Bloodhound et DCA calibre moyen
Pour l'espace aérien moyen, on propose enfin l'acquisition d'un canon automatique de moyen calibre et guidé électroniquement. Le choix du type de canon n'est pas encore arrêté. Le 13 décembre 1961, les Chambres fédérales décident l'acquisition du Bloodhound (pour 300 millions de francs) et d'un système DCA calibre moyen (247 millions de francs). Il n'y aura pas de dépassement de crédit et l'achat du système BL-64 se fait sans grand problème. Entre 1964 et 1968, 68 unités de feu sont livrées avec triple dotation en missiles; les constructions et les installations sont réalisées entre 1963 et 1967. Le brigadier Rudolf Meyer est responsable du projet; dès la fin de l'année suivante, c'est le brigadier Antoine Triponez qui prend la relève; en 1963, le colonel EMG Hermann Schild participe également au projet.
Les étapes marquantes dans l'acquisition du Bloodhound
| 13.12.61 | Deux groupes d'engins guidés DCA Bloodhound comprenant le matériel d'instruction, les accessoires, les pièces de rechange et la munition (300 millions) |
| 26.9.63 | Crédit additionnel pour des constructions et des installations (80 millions) |
| 1968 | Crédit destiné au contrôle du système (12 millions) |
| 3.10.74 | Simulateur d'engagement engins guidés (5,7 millions) |
| 5.10.83 | Fusées de lancement supplémentaires Bloodhound (65 millions) |
Ce qui s'appelait à cette époque la division des aérodromes militaires construit dans le plus grand secret six positions d'engins guidés sol-air. Les énormes éléments de construction en provenance de Grande-Bretagne sont transportés de nuit par route; ils sont assemblés dans les zones désormais interdites au public et accessibles uniquement sur présentation d'un laissez-passer. Un conseiller d'Etat chef du département militaire qui s'en vient visiter «sa» position d'engins guidés, s'en voit interdire l'accès par des travailleurs d'origine italienne: il n'est pas en possession du laissez-passer requis! C'est le Service des aérodromes militaires qui est chargé d'entretenir les positions d'engins guidés, de gérer le matériel et de surveiller les installations.
Instruction de la troupe
Cette même année 1964, la première unité de feu BL-64 est prise en charge en présence du chef du DMF Paul Chaudet, de Jakob Annasohn, chef de l'état-major général et du divisionnaire Etienne Primault, commandant des troupes d'aviation et de DCA. En 1965 débute la transition des groupes DCA lourde 40 et 41 sur la nouvelle arme. L'année suivante, les positions de Lucerne et d'Argovie sont prêtes à l'engagement. En 1967, le régiment d'engins guidés DCA 7 est constitué; son premier commandant est le colonel Svoboda. Ce régiment est issu du régiment DCA 4. Le préparation opérationnelle des positions de Fribourg, Zoug, Zurich et Soleure suit en 1968.
Les commandants d'école d'engins guidés DCA d'Emmen
| 1964 - 1974 | colonel EMG Otto Svoboda |
| 1975 - 1977 | major EMG Manfred Troller |
| 1977 - 1982 | major EMG Oswald Fischer |
| 1982 | lt-colonel EMG Manfred Troller |
| 1983 - 1986 | colonel EMG Peider Ruepp |
| 1987 - 1990 | colonel Hanspeter Wyss |
| 1991 - 1993 | colonel EMG Josef von Rohr |
| 1994 - 1997 | colonel EMG Rudolf Steinmann |
Tir de contrôle en Angleterre
Le BL-64 fait ses preuves
Les manœuvres terminées, une douzaine de véhicules de chargement transportant les missiles imposants passent devant un public qui n'en croit pas ses yeux. Il faudra patienter jusqu'en 1982 pour revoir tout le régiment en service à l'occasion de l'exercice Blasius. Cet exercice comme les suivants Avanti, Safari, Supersafari et Blasius 86 permettent de mettre au point la mobilisation de guerre du régiment d'engins guidés DCA 7.
La capacité de combat des missiles ne cesse d'augmenter: en 1984, on acquiert un ordinateur doté d'une capacité plus grande; en 1987, on commence à réorganiser les positions et, fin 1990, la transition de la troupe est terminée. On exerce l'engagement sur simulateur et contre des buts volants. La centrale d'engagement Florida coordonne les engagements des engins guidés sur nos propres chasseurs. La complémentarité entre le Mirage et le Bloodhound fonctionne à merveille. L'engin guidé se distingue par sa haute résistance au brouillage; il s'agit d'une arme modernisée qui n'a de commun que le nom et l'aspect extérieur avec le missile original. On peut acquérir des fusées supplémentaires chez les Suédois.
Bloodhound: une arme impropre à la défense antimissile
Les collaboratrices et collaborateurs concernés ont été intégrés dans le projet Florako de surveillance de l'espace aérien; le gros du régiment d'engins guidés 7 est transféré dans l'escadre de drones 7. Cette nouvelle escadre est responsable de l'engagement et de l'exploitation des drones de reconnaissance 95 (ADS 95).
Perspectives
L’ancienne position Bloodhound de Zoug sur le Gubel au-dessus de Menzingen subsiste en tant que musée consacré aux missiles accessible au public lors de visites guidées. Les personnes intéressées sont priées de s’adresser au spécialiste Bloodhound Fredy Flückiger, tél. 041 280 38 57.
Les commandants du rgt eg DCA 7
| 1967 - 1968 | colonel EMG Otto Svoboda |
| 1969 - 1973 | colonel EMG Hans-Rudolf Schild |
| 1974 - 1976 | colonel EMG Henri Criblez |
| 1977 - 1980 | colonel Jakob Mattli |
| 1981 - 1984 | colonel EMG Manfred Troller |
| 1985 - 1988 | colonel Erich Ott |
| 1989 - 1991 | colonel EMG Beat Wüthrich |
| 1992 - 1995 | colonel Jack Eigenherr |
| 1996 - 1999 | colonel René Schmidlin |
Dernière modification: 24.08.2011



