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Forces aériennes suisses

Interview avec Nicollier et Carrel

Notre entretien avec Claude Nicollier et Fernand Carrel

Un musée dynamique à Payerne

Un musée des avions militaires à réaction de la deuxième moitié du vingtième siècle va sans doute bientôt s’élever à Payerne, grâce aux efforts d’un team où figurent deux personnalités de premier ordre: Claude Nicollier, président du Conseil de Fondation, astronaute à la NASA, pilote militaire et docteur honoris causa de l'EPFL et depuis peu également de l’université de Bâle et Fernand Carrel, membre du Conseil de Fondation et commandant des Forces aériennes de 1992 à 1999. Tous deux nous exposent leur projet. C’est aussi l’occasion de faire plus ample connaissance avec notre seul et unique astronaute suisse.

 

Il est 9h du matin à la cantine de l’aérodrome militaire de Payerne. Dehors règnent un épais brouillard et un silence étrange. L’ancien commandant des FA Fernand Carrel prend son café. Notre astronaute fait son apparition quelques minutes plus tard. Il évoque sa récente visite à l’«Amicale romande des joueurs de cor des Alpes» à Gryon (VD). Il tient à rendre aussi visite aux petits villages. Il a exaucé leur vœu d’emporter dans l’espace un morceau de musique de l’amicale. Un geste très sympathique, bien typique de Claude Nicollier.

Nous nous rendons à la Salle de conférence qui va être rénovée, sans que l’on touche au légendaire Cervin qui remplit toute une paroi, c’est promis à Claude Nicollier. Le moment est venu de parler du musée.

 

Claude Nicollier et Fernand Carrel
Claude Nicollier et Fernand Carrel

Claude Nicollier, quelle est la motivation d’un astronaute pour l’Histoire?

Claude Nicollier: L’objectif principal de notre projet est la préservation d’un patrimoine. Nous avons eu dans l’histoire de nos Forces aériennes différentes périodes, mais il en est une qui a été particulièrement intéressante, du point de vue du matériel, du nombre d’avions, de l’enthousiasme qui régnait dans les escadrilles de milice et professionnelles. C’est la période de 1950 environ à la fin du siècle passé. Nous possédions jusqu’à 300 avions de combat qui étaient très modernes à l’époque - le Vampire, le Venom, le Hunter et le Mirage, puis le Tiger et le Hornet. Pareille richesse et diversité étaient absolument remarquables et ne se présenteront assurément plus dans le futur. Nous voulons préserver ce patrimoine par la conservation du matériel et de l'équipement associé, et faire revivre cette tranche de l’histoire de nos moyens de défense par des conférences, visites guidées, séances de simulateur, et, peut-être, présentations en vol.

Fernand Carrel:
Il est intéressant de noter au passage qu’avec l’acquisition du Vampire nous avons été, pendant quelques années, la seule force aérienne en Europe à être équipée uniquement d'avions de combat à réaction. Comme nous avons été, au début de l’ère «Mirage», la seule force aérienne - avec les Français - à avoir une capacité tout temps/tous azimuts sur notre continent.

 

Qui a lancé le projet?

Claude Nicollier: C’est l’«Association Cinquième Escadrille», réunissant les pilotes de l’escadrille 5, dissoute en 1994, année du retrait du Hunter de nos Forces aériennes. La «5» était une escadrille romande de milice sur Hunter à laquelle j’ai été incorporé en 1972. Ceux avec qui j’ai partagé ces années d’escadrille comptent parmi mes meilleurs amis. Beaucoup d’entre eux participent de près à toutes mes aventures spatiales et sont présents à Kennedy Space Center avec le drapeau de l’Escadrille pour soutenir avec beaucoup d’enthousiasme chaque départ de mes lointains voyages. J’ai été très privilégié, en 35 ans de vie professionnelle et militaire, de vivre au sein de groupes de personnes si actives et enthousiastes. L’Escadrille, en particulier, reste pour moi un immense trésor de souvenirs vécus dans le cadre d’une amitié solide.

 

Les Forces aériennes sont donc un peu votre point d’ancrage avec la Suisse...

Claude Nicollier: Si je n’avais pas été pilote militaire, je ne serais pas devenu astronaute, c’est une chose absolument claire. Je dois beaucoup aux Forces aériennes et particulièrement à Fernand Carrel qui m’a toujours soutenu dans mon activité d’astronaute, tout comme dans la possibilité pour moi de continuer mon activité de pilote militaire bien qu’habitant à l’étranger. J’ai déménagé avec ma famille à Houston en 1980 et j’ai continué à voler sur Hunter, puis sur Tiger jusqu’à fin 1999, qui était l’année de mes 55 ans. Aujourd’hui je vole encore sur PC-9. Rester pilote militaire contribue pour moi au maintien d’un contact étroit avec la Suisse, par le travers d’une activité qui a un sens, et au service de valeurs que nous tenons à défendre.

Fernand Carrel:
Je me permets de te renvoyer l’ascenseur. Pour les Forces aériennes c’est bien entendu aussi une fierté de te compter dans leurs rangs.

Claude Nicollier: Ma formation de pilote militaire et l’entraînement opérationnel qui a suivi ont été essentiels dans ma sélection d’astronaute européen en 1977, et également dans le maintien de ma capacité opérationnelle, essentielle aussi bien pour le pilote que pour l’astronaute. Dans un avion militaire comme dans un vaisseau spatial, les choses se passent vite, il faut décider, puis agir juste, avec discipline et méthode. Rester qualifié sur un avion complexe, en particulier un jet, fait partie de ce que l’on attend d’un astronaute. Notre système de milice m’a permis de mener en parallèle une formation et une activité d’astrophysicien et de pilote. Ce qui m’a aussi permis d’être accepté dans une Ecole de pilote d’essai en Angleterre en 1988. Cette formation a été primordiale dans le cadre de mon activité d’astronaute.

 

Revenons au Musée. L’Association de la «5» ne peut certainement pas tout faire à elle seule?

Claude Nicollier: Elle est soutenue par «Espace passion Page externe. Le contenu sera ouvert dans la nouvelle fenêtre» - une Association qui vient de dépasser les 400 membres et qui a pour objectif le soutien à ce projet, par exemple en participant à la remise en état des avions. Par la suite, lorsque le projet aura été réalisé, «Espace passion» aura la responsabilité de poursuivre ce travail de soutien. Peut-être que certains avions pourront être mis en état de vol. Ce n’est pas un objectif primaire, mais c’est une possibilité et il est évident qu’«Espace passion» sera impliqué d’une façon importante dans la maintenance du matériel volant.

 

Que diriez-vous à tous ceux qui, surtout en Suisse alémanique, craignent que Payerne constitue un concurrent pour Dübendorf?

Fernand Carrel: C’est une question qui m’a été posée souvent. La première chose que j’aimerais souligner, c’est que nous travaillons en collaboration et avec le soutien des «autorités» du Musée des Forces aériennes de Dübendorf. D’autre part, nous avons aussi l’accord et le soutien du commandant des Forces aériennes. A l’échelon national, Payerne ne peut être qu’un complément de Dübendorf. A l’échelon régional, il est plus que justifié. Il y a le problème de l’éloignement de Dübendorf. Si un père de famille de Genève ou de Sion veut montrer des avions à ses deux enfants et à sa femme, il va devoir payer 350 à 400 francs de train. Ce n’est pas possible pour la plupart des familles. Notre initiative est d’ailleurs saluée par toutes les autorités voisines. Il ne faut pas oublier que l’aérodrome représente un intérêt économique majeur dans la région. C’est le principal employeur.

 

Quelles seront les principales différences entre les deux musées?

Fernand Carrel: Contrairement au Musée des Forces aériennes de Dübendorf, celui de Payerne sera dédié exclusivement au «Jet Age». Il ne comprendra donc que des aéronefs à réaction. Une autre caractéristique du Musée de Payerne réside dans un concept dynamique global de visite de l'aérodrome, incluant la «flight line», un abri durci de surface (U20), le simulateur F/A-18 et le musée lui-même, y compris la partie interactive. L’organisation et l’exécution des visites serait un appui bienvenu pour le chef de l’exploitation de Payerne. Elles lui prennent aujourd'hui 0,7 homme/année. Un outsourcing le déchargerait donc considérablement.

 

Y a-t-il autant de visiteurs à Payerne?

Fernand Carrel: Rien que pour le simulateur F/A-18, il y en a eu plus de 5’000 l’an passé. Et il faut rappeler qu’en été, dans cette partie de la Suisse, qui est très touristique en raison des deux plus grands ports de petite batellerie en eau douce qui existent en Europe, Chevroux et Portalban, plus les campings, dès qu’il commence à pleuvoir, on a l’impression que tous ces gens affluent sur l’aérodrome. On compte facilement 400 à 500 personnes qui viennent simplement voir décoller et atterrir les avions. C’est notre clientèle potentielle.

 

La création d'un musée n'est pas une mince affaire. Comment vous êtes-vous organisés?

Fernand Carrel: Compte tenu de la dimension du projet actuel, la «5» a cédé le pas au Conseil de Fondation du Musée. C’était d’ailleurs une des conditions posées par le Secrétariat Général du DDPS pour accorder le droit de superficie pour la construction du Musée. Aujourd’hui la Fondation dispose de ce droit et elle est propriétaire des avions. Le divisionnaire Pierre-André Winteregg représente la Direction des Forces aériennes au Conseil de Fondation depuis mon départ à la retraite.

Claude Nicollier:
Nous avons la chance d’avoir dans le Comité du Conseil de Fondation un avocat extrêmement motivé, Robert Briner, qui était pilote de la «5». C’est lui qui s’occupe de tous les aspects légaux. Il nous rend un service immense.

Fernand Carrel: Nous avons une autre chance. Jean-Paul Cruchon, aussi un ancien pilote de la «5», qui est ingénieur civil, fait tout le travail de projection avec son bureau et la coopération bénévole d’un architecte. Lorsque nous avons présenté notre projet à PRO AERO dans l’espoir de recevoir une subvention, nous avons provoqué une certaine stupéfaction en annonçant que le projet ne nous avait pas coûté un sou jusqu’à présent. Même les prospectus en couleur ont été imprimés gratuitement par l’EPFL, grâce à un ancien pilote de la «4», Philippe Bujard!

Claude Nicollier:
C’est un aspect de la richesse de notre système de milice dans cette escadrille. Les différents corps de métier étaient représentés et les talents associés sont maintenant mis au profit de notre projet.

 

L'ouverture du musée est planifiée pour quelle date?

Fernand Carrel: Nous avions espéré la faire coïncider avec l’ouverture d’Expo 02. Mais la date est liée au problème du sponsoring. Nous n’aimerions pas nous lancer dans l’entreprise avant d’être sûrs de pouvoir la financer sans risque. Actuellement nous estimons que nous aurons quelques mois de retard.

 

Vous êtes donc encore à la recherche de fonds importants?

Fernand Carrel: Il nous faut 1,5 million pour construire. Nous venons de dépasser le cap psychologique du million grâce à des dons importants de McDonald’s, Aéroport International de Genève, Loterie Romande, Nestlé, Swisscontrol, Breitling, mais aussi de RUAG, Aéroclub de Suisse, Métraux Services etc. D’ailleurs (avec un clin d’œil à Claude Nicollier) l’Amicale de la «4» (réd: son ancienne escadrille) a fait mieux que la «5»!

 

Un musée moderne doit surtout être animé. Connaît-on déjà un peu les détails?

Fernand Carrel: Il y aura une salle d’animation, une salle de conférence, une cafétéria et surtout des simulateurs en état de marche: celui du Mirage IIIS et le simulateur de tir AS-30 Noras. Et ça, ce sera une exclusivité loin à la ronde!

Claude Nicollier:Je remettrai au Musée un certain nombre d’objets que j’ai emportés avec moi lors de mes missions spatiales. Il y aura également un système interactif qui sera lié à l’exploration de l’espace. La belle aventure spatiale que j’ai eu le privilège de vivre couvre à peu près la moitié de cette période de 1950 à 1999. Un «Espace Nicollier» est inclu dans le projet, mais reste encore à définir..

 

Claude Nicollier, lors de votre première mission spatiale en 1992, l’ancien Président de la Confédération Adolf Ogi a prononcé son fameux «Freude herrscht» pour la première fois en public. Quand aurons-nous la grande joie de vous revoir partir?

Claude Nicollier: La NASA m’a informé qu’elle avait l’intention de m’engager à nouveau sur une mission, dans une année et demie à deux ans, probablement dans le cadre de l’assemblage de la Station Spatiale Internationale. Ce sera mon cinquième vol et je m’en réjouis. Avis à la Cinquième: préparez le drapeau!

Interview: Anne-Marie Renati & Hansjürg Klossner

 

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Aérodrome militaire
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Dernière modification: 12.05.2010
Insigne des Forces aériennes suisses

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