A signaler leur magnifique envolée du 6 septembre dans laquelle les aviateurs, partis d’Oron, se dirigent sur Romont, coupent la vallée de la Broye à droite de Moudon, montent jusqu'à Chapelles où un brusque remous manque de leur coûter la vie et les oblige à atterrir un peu brusquement dans un champ.
Le Lt Lecoultre, d'Avenches, devenait ainsi le 1er officier observateur de l’Armée suisse. Il avait déjà, dès janvier 1910, fait plusieurs vols avec le même Failloubaz et pratiqué également la photo aérienne.
Le pilote, le jeune Failloubaz (1892-1919), à peine âgé de 19 ans, pouvait s'honorer, sans contredit, d'être le 1er pilote d'avion militaire suisse. Le 10 octobre 1910 il avait obtenu le 1er brevet suisse de pilote, le No.1! En 1912, il se vouera entièrement à la construction des biplans «Failloubaz licence Dufaux» à Avenches, après avoir acheté aux deux frères genevois Dufaux cette licence de construction. Ajoutons encore qu'il cédera plus tard son Ecole d’aviation à la Société de l’Aérodrome-Ecole d’Avenches qui l’exploitera pour son compte, sous la direction du même 1er lieutenant Lecoultre, avec l'aide de François Durafour comme chef pilote.
L'appareil, un Dufaux-5 biplace, construit en 1910, non immatriculé et non armé, n'eut un usage militaire que durant ces seules 3 journées de septembre 1911, où il fut prêté à la Confédération pour des vols de reconnaissance. Il s'agissait d'un biplan à 3 mâts haubanés, au fuselage en treillis triangulaire, avec un aileron de gauchissement aux 4 ailes, construit en bois entoilé (envergure 8,5 m; longueur 9,50 m; hauteur 2,70 m; surface portante 24 m2; poids à vide 340 kg; poids maximum au décollage 555 kg). Il était équipé d'un moteur rotatif Gnôme, à 4 temps, de 7 cylindres en étoile, refroidi par air, pesant 91 kg, donnant 70 CV à 1200 tr/mn. L'hélice bipale, en bois stratifié, avait un diamètre de 2,38 m. L'appareil ne dépassait pas la vitesse horizontale maximum de 84 km/h et l'altitude de 600 m au-dessus de la mer avec une autonomie d'une heure de vol ou de 60 km.
Ces manœuvres militaires d'automne 1911 constituent bel et bien les 1er vols militaires suisses alors que le 1er avion suisse n'avait réussi à décoller qu'en décembre 1909. Malgré quelques atterrissages forcés et autres capotages se terminant finalement par du "cassage de bois", les résultats de ces 3 jours de vol furent forts concluants au point de vue militaire et motivèrent d'autres missions de ce genre. Les expériences mentionnées au cours de ces sorties participèrent à la création de l'aviation militaire suisse en août 1914, peu après le début de la 1ère guerre mondiale.



